...un manifeste programmatique?

nous recevons de l'associé Cristiana Smurra cette réflexion / rapport après notre conseil d'administration du 20 Avril et avec plaisir que nous publions

Réflexions sur les migrants et sur la cooproduction 

....presque un manifeste programmatique? (demande de la rédaction)

 

Le Consorzio Sicilien “Le Galline Felici”, constitué de 21 exploitations familiales adhérentes (dits soci) ainsi que quatre coopératives sociales et d'une vingtaine d'autres producteurs appelés pulcini (poussins : ce sont des fournisseurs extérieurs qui ont vocation à devenir soci après une longue phase d'incubation et d'observation réciproque), produit en stricte culture biologique une gamme de produits d'excellence. 

Les conditions microclimatiques du Sud de l'Italie et en particulier de la Sicile orientale confèrent aux fruits cultivés sur les terres proches de  l'Etna une grande et indiscutable qualité. 

Le Consorzio, né officiellement il y a 8 ans, est une entreprise sicilienne en constant mouvement. Depuis sa création, il s'est employé à tisser des réseaux, à construire des ponts avec de nombreuses autres réalités italiennes et européennes qui travaillent selon les mêmes principes éthiques et les mêmes logiques. 

Dans l'action quotidienne et l'esprit du Consorzio, le seul objectif n'est pas que de produire des choses bonnes, authentiques, selon les stricts impératifs du biologique, en n'impactant pas l'environnement et en respectant les droits des travailleurs. 

Il y a aussi et surtout l'élan, la conviction que la crédibilité gagnée sur le terrain et les efforts déployés au cours des années, doivent avoir des répercussions et réaliser un symbolique et dans le même temps concret changement par le bas, vers une toute douce petite révolution. 

Durant ces années le Consorzio, grâce à son ADN et grâce aux échanges menés avec tant d'autres belles expériences et personnes un peu partout dans le monde, est de fait devenu, sous de nombreux points de vue, un éclaireur pour de multiples thèmes et approches qui le rendent exemplaire pour les autres.

 

En partant de ces simples considérations et en observant d'un point de vue critique mais constructif le scénario global et les changements géopolitiques avec lesquels il nous faut trouver un terrain sur lequel se confronter et s'activer, lors de la dernière assemblée des soci, ouverte aussi aux amis « consommateurs », nous avons discuté d'une nouvelle manière de concevoir la responsabilité sociale d'entreprise (dans les faits mise en œuvre depuis toujours soit par le Consorzio, soit par les producteurs individuels adhérents à celui-ci), en affectant des ressources économiques et des énergies pour lui donner force et contenu. Nous y avons en outre discuté de cooproductions.

 

Dans une telle optique, la force de l'exemple et le dévoilement de nouvelles perspectives suffisent parfois simplement à changer le cours d'une vie.

 

Ils en savent quelque chose les jeunes du Librino, quartier périphérique et dégradé de Catane, qui grâce à la confiance et au soutien en acte apportés par d'autres (parmi ces supporters, les Galline Felici, ainsi que leurs soutiens, qui ont apporté depuis le début de leur parcours un plein et inconditionnel appui aux Brigantini - http://www.brigantilibrino.it/), ont compris qu'une porte de sortie existe.

Que l'on peut avoir l'ambition d'être libre et de revendiquer droits et dignité, parce qu'on n'est pas seuls !

Dans la rencontre avec l'autre, qui est un autre “toi” et qui a l'envie de parler un langage commun, il suffit seulement de vouloir se mettre en réseau, en situation d'écouter l'autre sans présupposés.

Et le tour est joué !

Une possible nouvelle opportunité s'ouvrira pour qui a toujours vu les portes lui claquer au nez.

Même s'il s'agit d'une petite goutte d'eau dans la mer celle-ci a la force intrinsèque de devenir océan.

C'est l'action en marche qui montre et démontre  !!

 

Ils en savent aussi quelque chose les si nombreux jeunes et si nombreuses microscopiques réalités de la Sicile et du Sud de l'Italie qui, observant les avancées du Consorzio ces dernières années, se sont mis en mouvement en retournant à la terre, en pariant sur leurs propres racines. Abandonnant le rêve d'un poste fixe ou d'un travail éloigné de leurs aptitudes et du contact vrai avec les personnes, avec la nature et, au bout du compte, avec le monde dans lequel nous vivons. 

Ils en savent aussi quelque chose les énergies qui nous viennent d'autres latitudes du monde, réunies dans le projet “Risorti Migranti”. Dans cette expérience l’alimentation a été produite pour la consommation locale. Qui possédait la terre l'a gratuitement mise à disposition, ainsi que le matériel nécessaire et les connaissances agraires, à ceux qui ne les avaient pas. A été ainsi de fait soutenue la naissance de potentiels nouveaux entrepreneurs auxquels une opportunité concrète a été offerte. Nous avons agi en outre en termes de sensibilisation à une consommation à kilomètre zéro.

 

Sur ce chemin nous avons choisi de continuer à investir et à croire en termes de formation et d'expérience à vivre concrètement. Partant de ces considérations s'est renforcée la conscience que le rôle jusqu'à présent joué par cette expérience suivie avec attention par beaucoup, doit canaliser de nouveaux efforts et de nouvelles énergies pour creuser encore davantage le chemin et tracer une route que pourra suivre qui a la volonté de donner.

 

Dans cette optique nous ne pouvons pas ne pas nous confronter à l'urgence humaine, mal gérée par une Europe toujours plus faible et contradictoire, d'un flux interminable de migrants qui débarque sur nos côtes en revendiquant le droit à la vie.

Entre la peur de l'autre qui pourrait nous ôter sérénité, bien être et droits que nous tenons pour acquis et la conscience de quelques uns d'entre nous des nombreux dommages produits par nos choix et nos simulacres de missions de paix dans leurs pays (tombés du ciel sur leurs têtes comme un couperet) il nous appartient de décider de quel côté nous situer et quoi faire. Il est bien évident que ces réflexions n'ouvrent aucun espace de justifications aux actes terroristes et autoritaires qui lèsent nos libertés et celles des autres. Aucun compromis ni résignation dans un tel sens. Le NON à la violence est absolu.

Alors s'ouvre un autre chapitre.

De réponses pour l'heure il n'y en a pas.

Mais le rôle accordé à cette réalité par qui se tient à ses côtés en la soutenant, dans la poursuite d'un rêve de changement qui soit équitable et juste pour tous, abstraction faite de la couleur de la peau, de la croyance religieuse, de l'appartenance politique ou de l'orientation sexuelle, implique de se poser le problème ou mieux l'opportunité de la rencontre. 

Rencontre qui doit nous enrichir mutuellement.

Qui doit naître sur un terrain neutre avec des droits égaux, avec la même possibilité d'exprimer ses opinions et de construire son futur, possiblement commun. 

Il faut se situer en claire opposition à l'exploitation médiatique et économique de ceux qui sont contraints à émigrer. La traite des êtres humains est devenue le second business après le narcotrafic. Dans un scénario de ce genre penser uniquement à produire de l'alimentation “bonne, propre et juste” ne suffit plus ! 

Il nous appartient de responsabiliser, de sensibiliser et de comprendre quel type de contribution nous pouvons apporter sans tomber dans la rhétorique ou les actions de façade.

 

Et si tout cela ne suffisait pas déjà à nous créer suffisamment de casse-têtes, pour terminer, dans une logique cohérente avec l'esprit qui porte chacun de nos pas, nous avons continué en discutant des cooproductions. 

Il ne suffit plus de produire de bons aliments biologiques, à la portée de tous, avec l'objectif de les faire parvenir sur les tables italiennes et étrangères pour répondre à des besoins spécifiques (d'une part ceux du producteur qui doit  survivre et d'autre part ceux du consommateur qui veut manger bien et de manière saine). 

Il est nécessaire d'aller plus loin.  Il faut instaurer un pacte de solidarité et lancer un pari réciproque entre qui produit et qui consomme. Aujourd'hui il est possible de choisir de produire ensemble notre alimentation, même si nous sommes distants géographiquement et en positions différentes. Dans le respect des saisons et des caractéristiques morphologiques des terrains nous pouvons décider quoi produire et en quelle qualité le faire, pour se garantir le droit à des produits qu'on a contribué à faire naître, en assumant aussi la responsabilité d'entreprise qui normalement ne concerne que celui qui produit, souvent maillon faible de la chaîne. 

Donc, tous protagonistes, dans les champs, dans les potagers et dans le quotidien. Aucune délégation à faire. Des raisonnements communs qui fidélisent et qui consolident le pacte réciproque de confiance et de soutien. Produire bien et manger mieux. En faisant de la politique par le bas. En inversant les règles d'un jeu qui, en les tenant à distance,  ne vise jamais à la rencontre entre les parties.

 

Pas seulement donc des actions pour nous faire croître nous-mêmes, mais aussi pour faire grandir les autres, dans une optique qui bannit la concurrence. La pratique, en cours d'élaboration,  des cooproductions est pour le Consorzio “Le galline felici” une mesure concrète pour donner vie à de nouveaux pas à parcourir ensemble, vers le changement que nous voulons voir se réaliser.