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Victimes du succès ou intenses promoteurs du développement local?

17/11/2015


Victimes du succès ou promoteurs intenses du développement local?


… Nous entendons déjà des murmures et des plaintes parce que les produits demandés ne sont pas toujours disponibles dans les quantités demandées.

Ceci est aussi dû au fait que les requêtes, surtout celles venant de France, ont considérablement augmenté. Certains produits, tels que les avocats, arrivent donc facilement en rupture de « stock ».

Une question que l’on nous pose de plus en plus fréquemment est donc : « Comment? Vous satisfaites les nouveaux clients et vous n’arrivez pas à satisfaire les anciens ? »

Essayons donc d’avoir un cadre global de la situation qui, selon nous, peut et devrait faire changer radicalement d’avis les mécontents :

La production globale des membres fondateurs du Consortium est, depuis toujours et inévitablement, déficitaire sur certains produits et excédentaire sur d’autres, malgré les reconversions, les greffages,…

L’excédent de production, c’est-à-dire ce qui n’est pas demandé par les GAS, est (sous)vendu sur le marché « normal » à des prix qui vont de très bas à dérisoires.

Afin d’augmenter la part de produits vendus à des prix dignes, nous avons dès le début impliqué des producteurs non membres du Consortium, pour qu’ils puissent nous soutenir sur nos productions déficitaires et aussi élargir notre gamme avec leurs produits diversifiés.

Ceci a permis à de nombreux producteurs « d’entrer dans le jeu », de se soustraire du joug des commerçants et des intermédiaires, d’élargir leurs propres horizons culturels et humains (Merci GAS ! avais-je écrit il y a quelques années).

Naturellement, il n’est pas possible d’avoir une production qui corresponde exactement aux demandes, et vice-versa ; sauf si l’on s’approvisionne avec des produits quelconques, sans y prêter attention.

Par conséquent, nous avons continué à impliquer toujours plus de producteurs : nous sommes à présent 25 associés (nous étions 10 à la création du Consortium) et une quarantaine de « poussins » en phase de connaissance mutuelle et formation « poulaillère ».

Nous nous retrouvons donc avec des productions toujours excédentaires, car les producteurs impliqués au départ pour combler une déficience de produits, apportent au Consortium des produits qu’ils espèrent vendre et non plus brader aux commerçants, et c’est bien légitime.

Nous nous impliquons donc pour trouver de nouveaux clients, afin de satisfaire les demandes de manière équitable entre les nouveaux et les anciens producteurs et inciter les nouveaux à prendre part à la vie du Consortium et à la culture de l’économie solidaire, plutôt que de s’en servir comme un réservoir de produits et les mettre à la porte lorsque leurs produits ne nous servent plus.

Inversement, nous nous retrouvons (et nous retrouverons toujours) avec des défauts de produits puisque, malgré l’intense travail de planification et de conception des cultures, il existera toujours une différence entre production et demandes.

Je complète le cadre de « notre » côté en observant que ce processus induit des conversions (agri)culturelles toujours plus nombreuses qui se propageront de manière exponentielle puisque notre modèle est un des seuls qui fonctionne.

En outre, cela favorise un changement de « point de vue et perspective » sur l’agriculture. Il n’y a pas si longtemps, l’idée dominante était «  Scippu tuttu e fazzu camp’i palluni ! » (= J’arrache tout et je fais des terrains de foot). C’est-à-dire qu’il n’y avait aucune perspective de changement, ni d’amélioration, mais seulement du découragement et de l’abandon. Aujourd’hui, à l’intérieur comme à l’extérieur du Consortium, surtout dans cette phase d’approche des « poussins », l’idée qui germe est « s’ils l’ont fait, alors c’est possible ! » et les questions plus fréquentes sont « Sur quelles cultures peut-on s’attendre à avoir le plus de demandes ? Où avons-nous le plus de manque de produits ? Dans quoi pouvons-nous raisonnablement investir notre énergie et nos espoirs ? ».

Enfin, le mécanisme décrit ci-dessus, permet à 26 personnes (dont la moitié a moins de 30 ans) de travailler avec satisfaction et plaisir (Demandez-le leur quand vous viendrez nous voir ou quand vous rencontrerez les amis des autres GAS qui viennent régulièrement et ont l’occasion de leur parler).  Il faut considérer cette entreprise (au sens large) comme une grande opportunité dans leur vie, et pas seulement économique.

En Sicile, en 2015, ceci n’est pas rien !

Poussons la réflexion un peu plus loin :


consommateur ou consommaCteur?


Ceux qui achètent nos produits seraient certainement plus contents de recevoir EXACTEMENT et A CHAQUE FOIS ce qu’ils ont demandé, comme au supermarché.

Nous comprenons parfaitement les désagréments que cela occasionne aux personnes référentes qui doivent gérer la différence entre ce qui a été demandé et ce qui a été reçu, et surtout le mécontentement de leurs « affiliés ».

C’est bien pour cela que nous écrivons cette note : afin que les référents la fasse circuler aux membres des groupes d’achat en les invitant à la lire attentivement.

Ceci, afin de se poser quelques questions simples avant la prochaine « gentille requête » :

Dans cette relation avec les producteurs bio-équi-éco-solidaires, je (nous) suis (sommes) intéressé(s) uniquement par la satisfaction de mes besoins en nourriture, au prix le plus bas ? Ou cela m’intéresse de favoriser, grâce à mes actions, des phénomènes de transformation sociale ?

Je (nous) voudrais (voudrions) pour moi/nous (groupe, famille,…) l’excellence, si possible à bas prix, et pour le reste, chacun pour sa peau ? Ou je préfère indubitablement tendre vers un niveau plus acceptable pour tous ?

Je (nous) crois (croyons) fermement à l’existence d’une boule de cristal qui protègerait les produits de mon producteur adoré de la pollution généralisée et les porterait immaculés jusqu’à ma table ? Ou bien une réduction globale drastique des interventions chimiques en agriculture me semble plus juste, afin de réduire le risque de voir les produits de mon producteur adoré pollués par la dérive des pesticides due au vent ?

Je (nous) veux (voulons) être un consommateur exigeant ? ou un consommaCteur responsable (de la vie, quelles qu’en soient ses formes et manifestations) ?

Naturellement, tout ceci n’enlève rien à notre implication constante pour vous donner le meilleur dans les quantités que vous aurez demandées.

Mais, avec ces quelques lignes, j’espère vous avoir amplement démontré comment cette implication ne peut pas TOUJOURS donner les résultats attendus.

Ceci serait possible si nous étions « légers » sur le choix et la sélection des produits et des producteurs à admettre.

Ou bien, en étant « légers » envers les producteurs et les utiliser à notre guise.

Comme toujours, merci de votre attention.

Merci à ceux qui m’ont lu jusqu’au bout.

Et merci aussi à ceux qui en ont eu marre avant.

En toute cohérence, les réflexions se poursuivent dans notre newsletter, au travers du questionnaire que nous vous soumettons.